"A qui la chance" de Marbearys...

Chapitres :

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VI

Le train s’arrête dans la petite gare. Tout au long du trajet depuis qu’elles ont changé de rame à Provo, Catherine et Maryon sont sous le charme du paysage. Et tandis que Wayne accouru à leur rencontre, les aide à descendre avec leurs bagages, les deux jeunes femmes laissent la montagne les prendre de ses bras.

- « Comment vont mes mères ? », demande t-il en les embrassant toutes deux sur le front.
- « Bien ! », répondent-elles en chœur avant d’éclater de rire pour leur ensemble.

Deux mois se sont écoulés depuis la nuit tragique, Maryon n’a pas revu Alan mais la tentation en est forte et son ventre gonflant augmente encore l’anxiété latente. Elle n’est pas très sure d’être bien honnête avec Alan et a des scrupules de se taire. Elle voudrait aussi partager cette attente merveilleuse avec lui. Aussi, pour réfléchir encore avant d’assumer vraiment une décision définitive, elle a suivi l’avis de Wayne. Il lui a conseillé de prendre du repos et de se refaire une santé.
Maryon a donc pris quinze jours de vacances et a convaincu Catherine de l’accompagner. Elles vont passer ce congé dans le chalet de Wayne, venu en avance pour préparer le logis et leur en faire les honneurs. A la fin de la journée, il les quittera pour rejoindre la capitale, non sans les avoir recommandées à la voisine.
Catherine et Maryon lèvent encore les yeux pour admirer les sommets aux neiges éternelles, chapeaux féeriques sur les alpages d’un vert lumineux et les forêts aux sapins d’émeraudes. Pendant ce temps, Wayne aide Plushie à monter et range les valises dans une jolie carriole tirée par un âne robuste.
Devant les regards surpris des dames, il explique :

- « Ici, pas d’automobiles. Juste la jeep du toubib et le camion des pompiers. Tout le reste de la population circule à pied, à cheval ou en charrette. C’est le pittoresque de cette station, son charme et son succès. Vous serez au calme, mais pas isolées, il y a quand même le téléphone. Ici tout est d’un autre âge, c’est reposant, vous verrez. »
- « C’est irréel ! », s’écrie Catherine, « aussi irréel que la beauté de cette nature qui nous entoure. »
- « De plus, la saison n’a pas encore débuté, tout est paisible. Et puis la neige, à cette altitude, ne sera là que dans un mois. Vous pourrez faire de grandes promenades sans craindre le froid. »

Wayne aime bien Catherine. Malgré qu’il ne l’ait vue qu’une fois ou deux chez Maryon, elle lui a tout de suite plu. Et bien que cela ne fasse que quatre mois qu’elles se connaissent, il sent que l’amitié qui unit déjà les deux femmes ne fera que grandir avec le temps et il s’en réjouit pour Maryon.
Depuis qu’elle a quitté Alan, Wayne a resserré encore plus sa protection autour d’elle, plus que jamais il lui est attentif et veut être le gardien de sa tranquillité. Entre la loyauté qu’il offre à son frère et celle qu’il voue à Maryon, il n’a pas eu de mal à choisir. Il a opté pour le silence vis-à-vis d’Alan parce qu’il pense qu’il a moins besoin d’aide qu’elle. Et puis pour autre chose aussi…

Le chalet est charmant. Une seule grande pièce accueille les arrivantes. Sur la gauche, une cuisine moderne et le bar traditionnel aux foyers américains avec derrière une porte menant à la salle de bains. Et sur la droite, un salon moelleux qui dissimule deux lits à l’étage.

Une fois les deux femmes installées, ils déjeunent tous trois de bon appétit. L’après-midi se passe en conseils divers et Wayne s’en va à pied vers la gare. Tandis qu’elles le suivent des yeux Catherine avance :

- « Il avait du mal à partir. »
- « Oui, il est tellement attentionné, il voulait que tout soit parfait pour nous. »
- « Et surtout, il n’arrivait pas à te quitter. »
- « Pourquoi dis-tu cela ? »
- « Parce que tu es la seule à ne pas avoir ouvert les yeux, il est fou de toi. »

Quand Suzanne entre dans le bureau de Barrett, celui-ci se précipite pour l’accueillir.

- « Comment allez-vous Madame Hearman ? Je suis ravi de vous voir ! »
- « Je viens aux nouvelles mon cher Barrett ! Comment va Catherine, elle ne m’appelle pas, sans doute pour rester discrète. Où en sommes-nous ?
- « Eh bien, tout se passe on ne peut mieux. Elle entre bientôt dans son cinquième mois et cela se voit un peu, elle a pris du poids tout à fait normalement. Mais c’est à partir de maintenant que cela va devenir disons « spectaculaire » ! »
- « Justement, il faut que nous parlions vous et moi. Je ne vous ai pas dévoilé d’un coup, toutes mes batteries. Il est temps que vous m’écoutiez. »

Berrett se fait attentif, c’est plus fort que lui, une inquiétude sourde s’empare progressivement de son être. Que lui réserve encore cette femme inquiétante ?

- « J’ai une confiance immense en vous mon cher docteur. Pas gratuitement, c’est sûr, mais ce que vous me devez vous fera certainement réfléchir avant d’aller raconter à qui que ce soit ce que je m’en vais vous confier. »
- « Mais Madame ! »
- « Ne tergiversons pas Barrett, je n’ai pas le temps et laissez-moi vous dire qu’il y aura encore trente mille dollars pour vous si tout se passe comme je le veux ! Par contre, si vous parlez, je remettrai aux tribunaux les reconnaissances de dettes que vous m’avez signées, plus un petit article dans les journaux sur les fonds que vous avez détournés de cette clinique et vous serez fini, sans parler que vous irez en prison. »
- « Pourquoi ces menaces, Madame ? », questionne t-il, « ne vous ai-je pas satisfaite ? »
- « Jusqu’à présent, oui, mais vous allez comprendre mon inquiétude quant à votre loyauté quand vous saurez que mon mari n’est absolument pas au courant de notre petite entreprise ! »
- « Quoi !!! », a presque hurlé Barrett.
- « Vous voilà inquiet Docteur ? »
- « Mais vous n’imaginez pas ce qu’il arriverait s’il apprenait !.. »
- « Oh si, j’imagine ! Et je tiens autant à mon mariage que vous, à votre liberté, c’est pourquoi, il ne faut pas qu’il sache. Pour lui, je suis celle qui attend cet enfant et il ne faut pas que cela change ! »
- « Mais comment ? », s’étrangle t-il, « Comment espérez-vous dissimuler cette fausse grossesse ? »
- «C’est fort simple et vous allez m’aider. Je vais avoir un malaise, on va me transporter d’urgence à votre clinique et vous allez prescrire mon hospitalisation. Vous craindrez pour l’enfant et il me faudra rester couchée jusqu’à la délivrance. Je me fais fort de refuser la présence d’Alan à l’accouchement, il ne sera pas surpris et comme Catherine fera son travail ici, tout sera facilité. »
- « Votre beau-frère ? »
- « Quoi mon beau-frère ? Il n’est pas concerné voyons ! Au même titre que j’ai refusé qu’il suive ma grossesse, il n’y aura aucune raison pour que j’accepte qu’il s’en mêle maintenant ! »
- « Mais… »
- « Je sais ! Mon mari a la plus grande confiance en lui, mais il sait aussi qu’entre Wayne et moi, il y a plutôt une antipathie à peine polie. Alan n’insistera pas si vous faites votre travail et si vous restez plausible. »
- « Monsieur Hearman, lui, ne manquera pas de vous rendre visite ! »
- «Bien sûr, mais vous me fabriquerez des ventres appropriés et puis j’éviterai qu’il me touche, ce ne sera pas difficile. Vous voyez tout problème a son remède et nous avons intérêt à ce que cela continue ainsi. »
- « Et la petite ? »
- « Quoi encore ? », s’énerve Suzanne, « vous n’allez pas la mettre dans la confidence. Cela ne change rien pour elle. Elle n’a qu’à prendre soin d’elle, pondre cet enfant et s’en aller. Elle n’a pas à se plaindre, je l’aurai entretenue pendant neuf mois, je lui aurai payé son billet de retour au pays avec en plus une prime pour ses états d’âme. Que lui faut-il d’autre ? »
- « Vous êtes immonde ! »
- « Ménagez vos propos Barrett ! », fulmine sa visiteuse, « je peux aussi laisser tomber, qu’en ferait-elle de son môme ! Assez de sentimentalisme, cela vous coûterait trop cher, qu’ai-je à perdre, moi ? Une simple occasion ! Mais vous ? »
- « Vous oubliez les paillettes de votre mari ! »
- « Vraiment ? Mais c’est vous mon cher qui les avez réclamées au laboratoire ! Moi ? J’ignorais tout ! Vous n’avez vraiment pas besoin d’une accusation de vol et tentative d’escroquerie avec tout ce qui vous pend au nez ! C’est ma parole contre la vôtre. »
- « Et celle de Catherine ? »
- « Votre complice ? »

Barrett a le teint rouge brique, il va défaillir, la voix de Suzanne se fait mielleuse.

- « Arrêtons de nous torturer, Richard ! Il n’y a pas de raison que nous devenions ennemis. J’ai besoin de cet enfant pour sauver mon mariage et vous, de mon argent pour vous réhabiliter. Tenez dès que le bébé sera né et Catherine rentrée chez elle, je vous rends les reconnaissances de dettes. Oubliés les cinquante mille dollars en tout, que je vous aurai donnés ! Tout sera terminé, il n’y aura que des gagnants. »

Suzanne pose sa main baguée de diamant sur celle, tremblante de Barrett.

- « Puis-je compter sur vous, mon Ami ? », susurre t-elle en adoucissant l’éclat de ses yeux.
- « Oui », hoquette t-il épuisé.
- « Vous me sauvez », dit-elle dissimulant l’ironie de sa voix.
- « Alors, disons mercredi, je vous téléphonerai et vous m’enverrez une ambulance, nous préviendrons Alan d’ici. Et nous ferons tout pour qu’il ne s’aperçoive pas que mon ventre reste plat. »

Suzanne a retrouvé le sourire quand elle prend congé de Barrett. Lui, au contraire, est moins joyeux. Il prie le ciel pour ne pas avoir trop souvent l’occasion de regarder Wayne Hearman (son compagnon de faculté) droit dans les yeux, pas plus que son trop puissant frère d’ailleurs !

       
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