"Orage de sang" par Marbearys...

Chapitres :

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I


Il court. Dans le froid matinal, ses pas martèlent le sol de façon régulière. Sa foulée est allongée. On voit qu’il a l’habitude de cet exercice et qu’il y prend plaisir. Dans son corps le sang réchauffé par l’effort l’inonde de bien-être. Ses cheveux mouillés par la sueur bouclent plus encore qu’à l’ordinaire, fonçant leur teinte blonde, ils coulent dans son cou puissant. Les muscles long de ses cuisses se dessinent sous le tissu élastique du pantalon de jogging à chaque mouvement. Le trapèze de ses épaules larges joue aussi à chacune de ses inspirations qu’il force pour nourrir ses poumons et chaque inspiration scande à ses oreilles dans un vacarme assourdissant. Mais il n’est pas gêné, le bruit de sa propre vie érige un rempart qui l’isole de l’univers où il évolue.

Il court. Ses grands yeux d’un bleu lumineux, ourlés de cils fournis et recourbés, ne voient pas l’exiguïté du lieu, ils fixent un point devant eux, à des années lumières de là.

Malgré le visage avenant aux traits doux, ouvert, agrémenté encore d’un nez légèrement retroussé et d’une bouche attirante, gonflée, habituée à sourire, les autres hommes d’ici ne se sont pas laissés tromper par son apparente faiblesse. Sans trop savoir pourquoi, ils l’ont craint de suite et pas seulement parce qu’ils savent que sa famille est puissante. Ils respectent le mutisme de cet homme solitaire, son indifférence poignante les impressionne. Il semble que rien n’ait plus d’importance pour lui. Ce rejet, cet internement dans le silence n’est pas une défense contre la sauvagerie de l’environnement, pas plus qu’une marque de soumission, non, c’est simplement l’abandon de la lutte, la résignation face à l’inexplicable.

Il court. Tout à coup, il accélère le rythme, réduisant encore l’espace de cette cour rectangulaire cernée de hauts murs, eux-mêmes, bardés de barbelés à leur sommet. Puis une sonnerie retentit toute proche, alors il ralentit son allure et va en soufflant, se ranger avec les autres devant une porte grillagée.

La pièce où il pénètre maintenant, après avoir suivi les innombrables couloirs et franchi les quatre grilles qui les sectionnent, est petite mais habitable
Rectangulaire, elle aussi, comme tous les éléments qui appartiennent au bâtiment, elle reste fonctionnelle sans plus.
Aucune recherche dans l’ameublement : un lit bas, une table, une chaise, un placard creusé dans le mur et un coin toilette, mais Davis n’en a cure. Comme il ne se soucie pas plus des barreaux qui bouchent l’horizon de sa fenêtre. D’ailleurs, il n’a même pas jeté un regard au paysage depuis deux mois qu’il vit là.

Sitôt la porte de la cellule refermée sur lui, il se dénude totalement, se lave soigneusement au lavabo. Un voyeur quelconque apprécierait la beauté de ce corps athlétique. Pas très grand, il se dégage de lui une force massive rassurante. On voudrait que les grands bras vous plaquent contre la poitrine douce à la toison aux reflets un peu roux. Il enfile un survêtement propre sans précipitation. Ses gestes sont lents presque affectés. Le temps est à perdre ici, il en use les moindres secondes. Le lit grince quand il s’allonge. Un coup d’œil à sa montre, il a une heure et demie à passer avant le repas. Alors, les bras croisés sous la nuque, il ferme les yeux. Parfaitement immobile, il maîtrise son esprit, sa respiration devient à peine existante et il revoit sa rencontre avec elle, il y a… il y a une éternité. Il entre dans un sommeil cotonneux.

 
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